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Kidal: l’imprévoyance des Généraux

Lorsque la rébellion MNLA éclate au 4ème trimestre de 2011, notre pays ron-ronne. Le régime du Général-président Amadou Toumani Touré, ATT (paix à son âme), s’était depuis longtemps abonné à un narcissisme d’Etat autodes-tructeur. Aux

Lorsque la rébellion MNLA éclate au 4ème trimestre de 2011, notre pays ron-ronne. Le régime du Général-président Amadou Toumani Touré, ATT (paix à son âme), s’était depuis longtemps abonné à un narcissisme d’Etat autodes-tructeur. Aux notes alarmantes des services, aux rapports des gouverneurs du septentrion, aux chuchotements des officiers de Tessalit, alertes des mé-dias, la même réponse irresponsable était assénée, invariable, hautaine : « ATT n’a donné de visa à personne pour venir occuper le nord ». La for-mule faisait rire les salons climatisés de Koulouba. Mais elle ne fait pas fuir les pick-up.

La tempête annoncée dans l’Adrar des Ifoghas, à Kidal, Ménaka, et dans toutes ces localités où l’Etat n’existait plus que par un drapeau délavé sur une préfecture sans carburant commence le 26 octobre 2011, à l’aube. Des tirs sporadiques à l’arme légère crépitèrent. Ce n’était pas du banditisme résiduel. Pour la première fois, un autre drapeau flotte, cousu, provocateur : celui du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad, le MNLA. Composé de combattants touaregs lourdement armés revenus de Libye après la chute de Kadhafi, de déserteurs de l’armée nationale et de jeunes diplômés sans ave-nir, le mouvement ne se cachait plus. Son objectif était clair : l’indépendance de l’Azawad. Le contexte était limpide : un trafic d’armes, de drogue et d’otages qui avait transformé le Nord en émirat du crime, sous l’œil complice d’un Etat démissionnaire.

On avait d’un côté, un MNLA structuré, politiquement conseillé, militairement aguerris. De l’autre, un régime agonisant, tenu par un aréopage de Généraux plus préoccupés par les marchés publics de Bamako, les villas de l’ACI 2000 et la gestion de la prochaine présidentielle que par une carte d’état-major. Au milieu, une armée malienne dépenaillée, sous-équipée, sous-payée, avec des munitions comptées et des ordres contradictoires.

Comment l’histoire s’est-elle déroulée ? Par le déni, puis par le replâtrage. Le 27 octobre 2011, lendemain de la première détonation, le Conseil des Mi-nistres accouche dans l’urgence d’un décret : création d’un Programme spécial de développement économique pour le Nord (PSDN) : Eau potable, éducation, insertion de la jeunesse. Sur le papier, c’est la République géné-reuse. Sur le terrain, c’est le pansement sur une jambe de bois. L’argent mobi-lisé reste à Bamako, les forages ne creusent jamais, les écoles restent sans maîtres. Pendant trois mois, le régime multiplie les fuites en avant : commis-sions de bons offices confiées à des notables discrédités, envoi de colonnes militaires sans logistique qui rebroussent chemin à Aguelhok, et surtout, une stratégie d’évitement consistant à négocier avec tous les trafiquants pour acheter une paix de couloir.

Trois mois plus tard, en janvier 2012, les carottes étaient cuites. L’attaque d’Aguelhok, puis la chute de Ménaka, Tessalit et enfin Kidal en mars, n’étaient pas une surprise militaire. Elles étaient la conséquence logique d’une impré-voyance stratégique.

Quelle est la part de responsabilité du régime ATT ? Elle est critique, centrale et historique. Premièrement, par la libyanisation du Nord. En accueillant sans filtre, sans désarmement, sans plan de réinsertion, des milliers de combat-tants surarmés de retour de Libye, Koulouba a importé la guerre. Deuxième-ment, par la privatisation de la sécurité. Le régime a préféré sous-traiter la stabilité du septentrion à des milices arabes et à des chefs de tribus en leur distribuant grades, 4×4 et rentes, créant un Etat dans l’Etat mafieux. Troisiè-mement, par la destruction du moral de l’armée. En transformant l’avancement en clientélisme et l’intendance en fonds de commerce pour généraux, il a en-voyé au front des enfants avec des kalachnikovs enrayées face à des co-lonnes surarmées.

Le moment où on ne peut plus rire de la bêtise, parce que la bêtise commence à tuer : ces Généraux qui n’avaient donné de visa à personne ont fini par donner tout le territoire. Ils croyaient gérer une rébellion comme on gère une grève d’étudiants : avec un discours et une enveloppe. Ils ont découvert qu’une idéologie séparatiste armée ne se dissout pas dans un programme spécial décidé en 24 heures. 

Kidal n’est pas tombée parce que l’ennemi était trop fort. Kidal est tombée parce que KKoulouba était vide. Et ce vide avait un nom : l’imprévoyance.

Par Elhadj Timera

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