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Le ménage à trois…

Quelle mouche a donc piqué le grand voisin du Nord ? Pendant des décennies, la diplomatie algérienne nous a bercés d’un refrain immuable, gravé dans le marbre de sa Constitution : la non-ingérence absolue. Pas

Quelle mouche a donc piqué le grand voisin du Nord ? Pendant des décennies, la diplomatie algérienne nous a bercés d’un refrain immuable, gravé dans le marbre de sa Constitution : la non-ingérence absolue. Pas un soldat de l’Armée nationale populaire ne devait fouler une terre étrangère. C’est d’ailleurs au nom de ce sacro-saint principe qu’Alger a poliment décliné l’invitation à envoyer ses troupes au sein de la défunte MINUSMA pour stabiliser notre Maliba, balayé par les vents contraires du terrorisme. Circulez, il n’y avait rien à voir : la doctrine était sacrée.

Puis, patatras ! En un tour de passe-passe constitutionnel dont l’histoire a le secret, les verrous sautent. En cet automne 2026, voilà qu’Alger déploie ses rutilants Sukhoï Su-30 et s’apprête à envoyer ses troupes au sol chez le voisin nigérien. Une grande première historique ! Alors, une question brûle toutes les lèvres chez nous : pourquoi ce traitement de faveur pour Niamey, pendant que notre pays continue de s’épuiser à traquer les résidus terroristes à ses frontières ? Le Niger serait-il soudain devenu le chouchou exclusif de la feuille de route algérienne ?

Regardons de plus près ce vaudeville sahélien. L’amour géopolitique a ses raisons que la raison ignore, mais que l’économie et la stratégie expliquent très bien. Le Niger n’est pas simplement un voisin en détresse ; il est le tracé d’un trésor très convoité : le fameux projet de gazoduc transsaharien destiné à abreuver l’Europe. Forcément, quand des mutins menacent Niamey, c’est tout l’avenir énergétique d’Alger qui vacille face à la concurrence féroce du pipeline Maroc-Nigeria. Ajoutez à cela la récupération stratégique de l’ancienne base française de Madama, et le Niger se transforme instantanément en une « profondeur stratégique » hautement prioritaire, un bouclier doré qu’il faut sanctuariser à tout prix.

Et le Mali dans ce ménage à trois ? Nous voilà relégués au rang de parent pauvre de la sécurité régionale, spectateurs d’une idylle militaire exclusive. Certes, les stratèges murmurent qu’Alger pourrait « éventuellement » étendre ses opérations chez nous. Mais, pour l’instant, force est de constater que l’urgence algérienne a choisi son camp. L’œil pour œil promis par le président Tebboune ne semble cligner que pour Niamey.

Il est temps de briser les tabous. Si l’Algérie veut s’ériger en gendarme légitime et efficace du Sahel, sa boussole sécuritaire ne peut pas être à géométrie variable. La stabilité de la région ne se découpe pas en tranches de gazoduc. Espérons que nos décideurs sauront rappeler à notre grand voisin qu’un ménage à trois ne fonctionne que si l’on ne feint pas d’ignorer celui qui partage la même chambre de misère face au terrorisme. À moins que Mogo Saba dje kelen be a koun fe…

Par Elhadj Timera

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