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Traite des personnes au Mali: 98 affaires impliquant 253 suspects

Le département d’État américain maintient notre pays au niveau 2 de son classement sur la traite des personnes. Dans son rapport 2026, il relève une hausse du nombre d’affaires recensées, passant de 68 à 98,

Le département d’État américain maintient notre pays au niveau 2 de son classement sur la traite des personnes. Dans son rapport 2026, il relève une hausse du nombre d’affaires recensées, passant de 68 à 98, ainsi que du nombre de victimes identifiées, de 102 à 1 945. Le document souligne toutefois des lacunes persistantes dans les poursuites judiciaires et la protection des victimes.

Dans son rapport consacré au Mali, dont le contenu a été rendu public la semaine dernière, le département d’État américain estime que le gouvernement de transition « ne satisfait pas pleinement aux normes minimales pour l’élimination de la traite des êtres humains, mais déploie des efforts considérables en ce sens ».

Cette appréciation justifie le maintien du pays au niveau 2, une catégorie réservée aux États qui ne remplissent pas entièrement les normes minimales, mais réalisent des efforts significatifs pour y parvenir. L’évaluation porte sur les actions menées entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026. Elle prend en compte les mesures législatives, les enquêtes, les poursuites judiciaires, la protection des victimes et les initiatives de prévention.

Au cours de la période étudiée, les autorités de notre pays ont déclaré avoir enquêté sur 98 affaires de traite des personnes impliquant 253 suspects, contre 68 affaires lors de la période précédente, indique le rapport. Celui-ci fait également état de 253 personnes soupçonnées de traite poursuivies, contre 300 lors de l’exercice antérieur.

Sur le plan judiciaire, le bilan demeure toutefois contrasté. Le document mentionne six condamnations obtenues dans quatre affaires remontant à la période 2021-2023, contre trois condamnations lors de la période précédente. Il précise néanmoins que le gouvernement n’a fait état d’aucune condamnation issue des affaires de la période évaluée.

Par ailleurs, souligne le rapport, le gouvernement n’a signalé aucune enquête, poursuite ou condamnation concernant des agents publics présumés complices de faits de traite. Or, des observateurs cités par le département d’État affirment que certains agents, notamment aux frontières, accepteraient des pots-de-vin pour faciliter les activités des trafiquants.

Près de 2 000 victimes identifiées

En matière de protection, le rapport fait état d’une progression importante du nombre de victimes recensées par les autorités. Au total, 1 945 personnes ont été identifiées et orientées vers des services de prise en charge, contre 102 lors de la période précédente.

Parmi elles, 1 250 victimes étaient concernées par le travail forcé et 695 relevaient de catégories de traite non spécifiées. Le nombre de victimes de traite à des fins d’exploitation sexuelle n’est pas précisé dans le document. Une organisation internationale a, de son côté, identifié et assisté 377 victimes.

Le gouvernement de notre pays  a également participé, avec une organisation internationale, au rapatriement de 177 victimes de traite. Le rapport reconnaît ces avancées, tout en soulignant les limites des dispositifs d’assistance.

Le pays compte 13 centres de transit gérés par une organisation internationale et des ONG pour accueillir des victimes adultes et mineures de différentes formes de criminalité, dont la traite. Parmi ces structures figure le seul centre spécialisé du pays destiné aux femmes adultes victimes de traite, situé à Bamako.

En dehors de la capitale, les capacités d’hébergement et les services d’accompagnement restent insuffisants. Le rapport relève également l’absence de structures proposant des services spécialisés aux hommes victimes de traite. L’insécurité dans les régions du nord et du centre limite, en outre, les possibilités d’intervention des organisations humanitaires.

Le département d’État pointe d’autres insuffisances, notamment l’absence d’assistance spécifique aux victimes et aux témoins pour faciliter leur participation aux procédures pénales, ainsi que le manque de mesures de réparation dans le cadre des condamnations. Il relève également que les autorités n’ont pas fait état d’une identification proactive des victimes d’esclavage héréditaire.

Enfants, esclavage héréditaire et recrutement frauduleux

Le rapport décrit plusieurs formes d’exploitation présentes au Mali. Des garçons maliens et originaires de pays voisins sont contraints au travail forcé dans l’agriculture, le travail domestique, le transport, la mendicité et le commerce informel. Des enfants sont également exploités dans les mines d’or artisanales, notamment dans les régions de Gao et de Kidal.

Le document évoque des pratiques d’esclavage héréditaire touchant certains membres de la communauté touareg, particulièrement à Kayes ainsi que dans les régions du centre et du nord. Citant une organisation internationale, il avance une estimation de 300 000 victimes de cette forme d’esclavage au Mali. D’autres estimations mentionnées dans le rapport font état d’une proportion pouvant atteindre 35% de la population de Tombouctou.

Les groupes armés non étatiques et les organisations terroristes continuent, selon le document, de recruter ou d’utiliser illégalement des enfants comme combattants, espions et travailleurs. Des filles seraient également soumises à l’exploitation sexuelle, notamment à travers des mariages forcés avec des membres de groupes armés.

Le maintien du Mali au niveau 2 traduit, selon l’évaluation américaine, une progression de certains efforts, sans que les normes minimales de lutte contre la traite soient pleinement satisfaites.

L’adoption du plan d’action 2026-2027, l’augmentation du nombre de victimes identifiées et les moyens affectés à la prévention constituent des avancées relevées dans le document. Mais les résultats judiciaires, la lutte contre la corruption, l’assistance aux victimes et l’accès aux zones affectées par l’insécurité demeurent des défis importants.

Le rapport souligne ainsi la nécessité de renforcer les capacités des services d’enquête et de justice, d’étendre les dispositifs d’accueil au-delà de Bamako et de mieux identifier les victimes, notamment celles de l’esclavage héréditaire.

PAR SIKOU BAH

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