Bamako, Mali
À proposNotre ligne éditorialeContact
Illustration générée d’un pont sur le fleuve Niger à Bamako
L’actualité du Mali et de la région

Fiable|Indépendante|Proche des citoyens

Équation humanitaire dans l’AES: le réquisitoire du HCR

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a publié, ce vendredi 9 octobre, son bilan le plus sévère sur le Sahel central depuis cinq ans. En une phrase, tout est dit : près de quatre millions de personnes sont aujourd’hui déracinées au Burkina Faso, au Mali et au Niger, dont plus de 818 000 réfugiés et demandeurs d’asile. C’est le double d’octobre 2020, où l’on comptait 1,7 million de déplacés internes et 365 000 réfugiés. Un réquisitoire adressé, sans le nommer, à la Confédération des États du Sahel (AES).

Le porte-parole est Abdouraouf Gnon-Konde, directeur du Bureau régional du HCR pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, depuis le Palais des Nations. Il pointe trois facteurs qui se conjuguent : la poursuite des attaques contre les civils, les chocs climatiques et l’effondrement du financement humanitaire. En septembre 2026, seuls 27% des 329,6 millions de dollars demandés pour la réponse au Sahel avaient été reçus.

Le HCR parle de « choix difficiles » concernant les services essentiels.

Si le constat est régional, le Mali en est l’épicentre le plus paradoxal. Le rapport s’attarde sur Koro, dans la région de Bandiagara. En juillet 2026, la localité accueillait quelque 86 000 réfugiés burkinabè, après plusieurs vagues de déplacements depuis 2025. Parmi eux, plus de 14 000 enfants et 6 000 femmes particulièrement vulnérables. Ils sont désormais presque aussi nombreux que la population hôte. L’eau manque, les terres sont rares et les centres de santé sont saturés.

À Koro pourtant, le HCR cite un exemple qui résiste : des coopératives agricoles mixtes, réunissant réfugiés et autochtones, ont fait passer les surfaces cultivées de 21 hectares en 2025 à 45 hectares en 2026. La preuve, selon l’agence, que l’investissement dans l’autonomie fonctionne, dans la lignée de sa vision « 50 by 35 », qui vise l’autonomie des réfugiés d’ici 2035.

Mais cette lueur locale peine à masquer la tempête sécuritaire qui a marqué la fenêtre du 9 octobre au Mali.

Le même jour où le HCR publiait son alerte, l’état-major général des armées annonçait l’opération Dougoukoloko : les 8 et 9 octobre, deux véhicules transportant des éléments terroristes ont été frappés à 45 et 46 kilomètres au sud-ouest de Kidal, et une base abritant des combattants et du matériel a été détruite à N’Daki, dans la région de Tombouctou. Dans le même temps, la branche médiatique du JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda, revendiquait deux attaques simultanées : un engin explosif improvisé contre un véhicule des FAMa et du Corps russe à Kouigouma, dans la région de Tombouctou, et la prise d’un quartier général de milices progouvernementales à Béné, près de Douentza, dans la région de Mopti.

Le tableau est celui d’un front qui s’étire du Nord au Centre, sur fond de bataille pour Kidal. Trois jours plus tôt, le 6 octobre, le Front de libération de l’Azawad avait annoncé un « retrait contrôlé » de la ville stratégique, après des frappes aériennes maliennes appuyées par des combattants russes.

Le HCR, lui, élargit la focale : la crise déborde désormais vers les pays côtiers. Près de 500 000 Burkinabè sont réfugiés chez leurs voisins en 2026, contre 300 000 fin 2025, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Togo. Plus de 334 000 Maliens sont eux-mêmes réfugiés à l’étranger. Certains poursuivent leur route vers l’Afrique du Nord et l’Europe par des itinéraires dangereux.

Le réquisitoire du 9 octobre n’est donc pas seulement humanitaire : il est politique. Il rappelle à l’AES que la souveraineté retrouvée ne peut s’affranchir du sort des quatre millions de déracinés. Sans protection, services essentiels et moyens de subsistance, prévient le HCR, les mouvements de population ne s’arrêteront pas à Koro.

PAR SIKOU BAH