Une majorité d’Africains soutient le droit des femmes à décider de leur mariage et de leur procréation ainsi que le maintien à l’école des jeunes filles enceintes ou mères. En revanche, l’accès aux contraceptifs reste un sujet de division, selon une nouvelle analyse d’Afrobarometer.
Les populations d’Afrique de l’Ouest et du Centre affichent un soutien important à plusieurs aspects des droits sexuels et reproductifs. C’est ce qui ressort d’une nouvelle analyse d’Afrobarometer consacrée aux opinions des citoyens dans 18 pays de ces deux régions.
L’étude, réalisée dans le cadre du Round 10 des enquêtes d’Afrobarometer menées dans 38 pays africains, met notamment en évidence une adhésion majoritaire à l’autonomie des femmes en matière de mariage et de procréation, ainsi qu’à l’éducation à la sexualité à l’école.
En moyenne, 72 % des personnes interrogées dans les 18 pays estiment que les filles et les femmes devraient pouvoir décider elles-mêmes si elles souhaitent se marier et à quel moment. Cette position traduit un soutien majoritaire à la liberté de choix des femmes dans une décision déterminante de leur vie.
Le soutien est toutefois moins marqué lorsqu’il s’agit de la procréation. 53 % des répondants considèrent que les femmes devraient pouvoir décider du nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir et du moment où elles souhaitent les avoir.
L’enseignement de l’éducation à la sexualité bénéficie d’un soutien encore plus important. 76 % des personnes interrogées se déclarent favorables à son enseignement à l’école. Cette majorité est observée dans chacun des 18 pays étudiés.
Autre enseignement majeur de l’enquête : 83 % des répondants estiment que les filles qui tombent enceintes ou qui ont déjà des enfants devraient pouvoir poursuivre leur scolarité. Dans tous les pays concernés, au moins sept personnes sur dix partagent cette opinion.
Ces résultats mettent ainsi en évidence une volonté largement exprimée de ne pas faire de la grossesse ou de la maternité un obstacle définitif à la scolarisation des jeunes filles.
Les positions deviennent cependant plus contrastées lorsqu’il est question de l’accès aux contraceptifs. 54 % des personnes interrogées estiment que les contraceptifs devraient être accessibles à toute personne sexuellement active, indépendamment de son état matrimonial. Sur la question de l’âge, le soutien est encore plus partagé : 50 % des répondants sont favorables à un accès aux contraceptifs sans distinction d’âge.
Les différences entre les pays sont particulièrement importantes. Selon Afrobarometer, le soutien à l’accès aux contraceptifs va d’une adhésion très forte au Cap vert à une opposition importante en Gambie.
L’analyse montre également que les opinions sur l’accès aux contraceptifs varient selon le profil des personnes interrogées. Le soutien est davantage exprimé par les femmes, les jeunes, les personnes ayant un niveau d’instruction plus élevé, les citoyens plus aisés et les habitants des zones urbaines.
Ces données illustrent donc une évolution contrastée des perceptions en Afrique de l’Ouest et du Centre. Si l’autonomie des femmes, l’éducation sexuelle et la poursuite de la scolarité des jeunes filles enceintes recueillent une adhésion majoritaire, l’accès universel aux contraceptifs demeure une question plus sensible et fortement dépendante des contextes nationaux.
À travers cette analyse, Afrobarometer met ainsi en lumière les avancées, mais aussi les divergences persistantes dans les perceptions des droits sexuels et reproductifs au sein des sociétés africaines.
PAR MODIBO KONÉ

